Cet atelier est découpé en plusieurs parties :

Introduction

Lors de cet atelier, nous allons prendre en main un petit serveur appelé la brique internet qui permet de s'auto-héberger.

Nous allons progressivement aborder le fonctionnement de la brique internet ainsi que les enjeux de l'auto-hébergement.

À l'issue de la séance, si vous êtes intéressé vous pourrez acheter la brique sur laquelle vous aurez travaillé pour l'installer chez vous. La brique internet et les équipement qui vont avec valent 70€ ce qui correspond au prix coûtant lors de la commande groupée effectué par l'intermédiaire de l'association Alsace Réseau Neutre.

Qu'est ce que l'autohébergement

S'auto-héberger c'est être autonome par rapport à l'hébergement de ses services internet (site web, email, chat, serveur de cloud, ...), c'est à dire les héberger soi-même grâce à son propre ordinateur. Cet ordinateur est alors appelé serveur personnel. Plus précisément, de la même façon que nous pouvons décider quels programmes sont installés et fonctionnent sur notre ordinateur personnel, il est possible de mettre en place soi-même un ordinateur et des programmes pour offrir des services à travers internet .

Un ordinateur pour l'hébergement est appelé serveur car sa fonction est de répondre à des demandes. Pour cela il doit généralement être accessible en permanence à travers Internet et donc être :

  • allumé en permanence.
  • connecté en permanence au réseau.
  • accessible depuis Internet (c'est à dire depuis une adresse IP publique).
  • faire fonctionner des programmes (appelés services) qui répondent à des demandes venant d'Internet.

Que faire de son serveur  ?

FarmOS, application web de gestion de ferme

Que peut-on héberger grâce à un serveur personnel ? En fait, tout ce qui se passe sur internet fonctionne grâce à des serveurs. En installant son propre serveur, il est potentiellement possible de faire fonctionner n'importe quel service Internet imaginable, dans les limites de temps et de complexité. Par exemple un service de gestionnaire de ferme... C'est tout l'intérêt de gérer soi-même son serveur que d'installer des solutions qui répondent à tous les besoins spécifiques qu'on pourrait rencontrer.

Mais bien sûr on va évoquer (et installer) aujourd'hui des services répandus et relativement simples à mettre en place. Voici une liste non exhaustive des services couramment disponibles avec Yunohost/la brique internet que nous allons utiliser aujourd'hui :

  • de multiples sites web, par exemple un blog Wordpress
  • serveur email et client web pour gérer de multiples boîtes email et relever ses emails en ligne.
  • serveur de messagerie instantanée (XMPP) pour discuter et gérer des partages / publications c'est à dire un réseau social.
  • serveur de gestion de fichier (cloud)
  • serveur de torrent
  • serveur de streaming
  • ...

Et comme nous le verrons la liste de ce qu'il est possible d'installer simplement avec Yunohost commence à être assez étoffée : https://yunohost.org/#/apps_in_progress.

La brique internet et Yunohost

La brique internet est un petit ordinateur qui permet notamment de faciliter l'auto-hébergement (mais également de profiter d'un accès à internet neutre comme le verrons plus loin).

Du côté du matériel, la brique internet est basé sur un modèle de petit ordinateur appelé Olimex (Open Hardware) qui dispose d'un processeur ARM, de 512Mo de mémoire RAM, et qui est fournit avec une carte mémoire de 32Go qui fait office de disque dur. Elle dispose aussi d'une antenne Wifi qui permet de créer un réseau et de s'y connecter pour accéder à Internet. La brique internet est trés économique en terme de consommation électrique.

Du côté du logiciel la brique internet fonctionne avec le système d'exploitation Yunohost qui automatise beaucoup de choses sur le serveur.

En effet, l'installation manuelle des services sur un serveur personnel sous linux peut être assez complexes et longue. Traditionnellement on utilise pour cela la distribution linux Debian, très stable et réputée pour mettre en place un serveur. Si vous voulez vous faire une idée de la marche à suivre pour gérer un auto-hébergement manuellement et comprendre en détail l'installation manuelle d'un serveur sous Debian vous pouvez par exemple suivre ce guide tout frais et plutôt complet écrit par Xavier Cartron : http://yeuxdelibad.net/DL/PDF/auto-h-facile.pdf

Mais aujourd'hui nous n'allons pas aborder cette tâche manuellement : grâce au système d'exploitation Yunohost qui est installé sur la brique internet, il est possible de configurer son serveur et d'installer des services et applications automatiquement via une interface graphique.

Enjeux individuels et collectifs

Autohébergement et autonomie

  • S'autohéberger = se rendre autonome vis à vis de son rapport à l'informatique et Internet.
  • devenir un petit opérateur qui construit un coin d'internet pas ses propres moyens.

Autohébergement et émancipation

  • L'autonomie amène l'émancipation :
    • Une connaissance pratique intéressante
    • Un contrôle sur les évènements qui nous concernent

Premier avantage : la flexibilité/puissance

  • Installer de nombreux services plus ou moins spécifiques comme on le désire
    • Un service de streaming vidéo pour un évènement.
    • Une sauvegarde de données sur un mégacloud.
    • Ressources numériques pour une association ou une petite entreprise.

Deuxième avantage : la compréhension/sérénité

  • la compréhension amène la confiance
  • dissipe les petites superstitions
  • rempli la tête de choses intéressantes/pratiques

Au hackstub, l'autohébergement nous a apporté beaucoup et on a voulu le transmettre.

Troisième avantage : le contrôle

  • contrôle sur ses données et services
  • exemple de l'adresse mail
  • possibilité de contestation (base d'une démocratie)

Enjeux collectifs

  • nos comportements ont un impact sur les autres
  • A quoi ressemble l'internet aujourd'hui : penser collectivement l'"écologie démocratique sur réseau"

Le piège des services Internet dominants

  • Un internet centralisé sous contrôle non démocratique
  • Des géants malins nous ont subtilement capturé et portent atteinte à nos intimités/libertés.
    • Enjeux invisibles
    • utiliser le consentement des utilisateurs (gratuité) pour faire de la pub

Vie privée

Les Big Data c'est nous qui leur donnons des informations et eux ils n'ont plus qu'à miner pour extraire des profils qui nous correspondent et les vendre. Ou les gouvernements qui veulent appliquer une sorte de présomption de culpabilité/terrorisme et regarder la vie privée de tout le monde.

Neutralité du net

Les opérateurs regardent le trafic

Le VPN et FAI assoc.

Assumer la responsabilité pour notre internet

  • L'autohébergement et la brique se veulent une réponse à ces problématiques
    • Revendiquer une responsabilité citoyenne.
    • Ne pas continuer le processus de notre capture.

Anonymat ?

  • on perd le pseudo anonymat de l'océan internet.
  • On gagne le fait qu'il est pour le moment pas prévu de surveiller systématiquement les gens auto-hébergés.

Responsabilité à double tranchant ?

Ça prend du temps et demande de la compétence. Mais imaginons : un internet géré localement, des particuliers, des associations et des petites entreprises au contact des utilisateurs et pour eux.

Le but de l'autohébergement c'est de se rendre autonome vis à vis de différents aspects de son rapport à l'informatique et à Internet. En créant un serveur vous devenez en quelque sorte un petit opérateur qui construit son coin d'Internet par ses propres moyens.

Cette autonomie est émancipatrice, c'est à dire qu'elle apporte à la fois une connaissance pratique intéressant et un contrôle.

Le premier avantage individuel de l'autohébergement, c'est la flexibilité/puissance : on vient de voir qu'il y a plein d'applications installables sur un serveur personnel. Vous pouvez mettre en place un service de streaming de vidéos pour un évènement, mettre en place des sauvegardes automatiques sur un "mégacloud" personnel ou encore des choses plus spécifiques : un contrôle de la température dans un lieu, une gestions des ressources numériques pour une petite entreprise.

Le deuxième avantage c'est la compréhension de ce que c'est que Internet et un serveur. Et cette compréhension rend confiant sur ce qui se passe en informatique. Elle supprime les petites superstitions qu'on peut avoir lorsqu'on ne connaît presque rien. Au début l'autohébergement c'est un peu obscur, mais au fur et à mesure qu'on gère son serveur on se sent chez soi sur sa machine et on peut gérer les éventuels petits problèmes qui surviennent.

Au hackstub on est pas mal à s'autohéberger et on ressenti cette dimension émancipatrice, on a constaté que ça nous avait apporté pas mal de compréhension et la possibilité pratique de faire les choses comme on le voulait. Du coup on a voulu transmettre cette approche de l'Internet.

Enfin l'enjeu, on peut dire politiquement central c'est le contrôle sur ses services et ses données personnelles. L'idée c'est d'avoir un rapport directement pratique à ce dont on dépend, c'est à dire une sorte de démocratie technique car on peut généraliser cette idée d'autonomie à d'autre aspects techniques de nos vies (réparer nous même l'électroménager pour limiter l'obsolescence programmée ?).

Par exemple, lorsque vous prenez une adresse email chez un fournisseur lambda, ce n'est pas la votre. Vous la louez gtratuitement et vous ne pouvez pas décider que cette adresse va rediriger les mails directement sur un autre serveur. Vous êtes piégé car vous devez rester chez votre fournisseur même si son comportement vous déplaît (au hasard google). C'est un peut le même problème avec tous les services. Vos données sont chez une entité privée et vous ne pouvez rien contester à moins de laisser tomber le service en question. C'est par exemple le problème avec un "carnet d'adresse" sur Facebook.

On arrive donc au niveau des enjeux collectifs : si votre amis est chez gmail et même si vous ne voulez pas donner vos données à Google vous êtes contraint de le faire sinon vous n'envoyez pas de message : nos comportements individuels ont un impact sur tous les autres avec qui nous interagissons.

On peut parler d'"écologie démocratique" du réseau : on a laissé internet se construire en donnant tout le pouvoir à quelques géants malins et au niveau sociétal nous sommes plutôt piégés. Tout le monde s'est habitué à la forme subtile d'atteinte à l'intimité que constitue la collecte massive de données personnelles.

Elle est subtile parce qu'elle est invisible : un service fonctionne et on ne se rend pas forcément compte de tout ce qui se passe en arrière plan en terme de collecte d'informations. Il y a pourtant des risques important pour la démocratie ou ce qu'il en reste : laisser le pouvoir à quelques entité qui nous surveillent pour mieux nous contrôler.

Elle est subtile également parce qu'elle s'est construite sur notre consentement à être dépendant de services gratuits : le modèle économique de l'accumulation de données personnelles c'est liée à la publicité et aux débouchées commerciales de ses informations. On a renoncé collectivement (et pas consciemment le plus souvent) a être responsable de nos données personnelles ou à payer pour que les entreprises nous respectent. L'autohébergement est une réponse à tous ces enjeux, c'est une affirmation que nous préférons être responsables de nos vie numériques plutôt que manipulés par diverses puissances privées ou étatiques.

Bien sur la responsabilité est à double tranchant, car elle demande un investissement et une compétence. Tout le monde n'a pas le temps de gérer soi même de multiples services informatiques. Mais on pourrait imaginer un modèle beaucoup plus local dans lequel ce sont des particuliers, associations et entreprises locales qui gère internet au plus près des utilisateurs et pour eux.

-)